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L'hydrogène a-t-il encore un avenir?

Ce n’est visiblement pas l’avis des journalistes étrangers qui couvrent les Jeux olympiques d’hiver de Vancouver. Beaucoup d’articles vantent en effet les mérites des 20 autobus à l'hydrogène qui font la navette entre Whistler et Vancouver pendant la durée des jeux. L’Agence France Presse écrit même que ces autobus sont «garantis sans émissions de gaz à effet de serre». 

Ce n’est pas faux car les autobus sont censés n'émettre que de la vapeur d'eau. Ce que l’AFP ne dit pas, cependant, c’est que l’hydrogène doit être acheminé par camions à partir du Québec sur une distance de 5,000 kilomètres. 

Il n’existe encore aucune station-service d’hydrogène. La Colombie-Britannique doit donc s’approvisionner d’une usine de la compagnie Air liquide à Bécancour. 

Mais cela n'entame en rien l'enthousiasme des gouvernements provincial et fédéral, ni de BC Transit, car il s'agit d'une technologie verte et propre, qui vaut la peine d’être explorée.

BC Transit est d’avis que ces autobus équipés de piles à combustible permettront de réduire de 100% les émissions du pot d'échappement. 

Qu’en est-il des gaz à effet de serre provenant du transport de l'hydrogène? Selon le ministère provincial des transports, on estime tout de même à 62% la réduction des émissions de GES. 

Beaucoup d’experts consultés sont sceptiques. «C'est de la folie furieuse!» déclare notamment le physicien Pierre Langlois, auteur de Rouler sans pétrole. «C'est une hérésie! » aux yeux de Sylvain Castonguay, du Centre national du transport avancé.  

En 1983, lorsque Ressources naturelles Canada a lancé un programme de recherche sur l'hydrogène, dans l'Ouest, on croyait que cette énergie propre constituait LE carburant de l’avenir. 

En 2010, force est de constater que plusieurs promesses n'ont pas été tenues. C’est l’avis d’Anthony Perl, directeur du programme d'études urbaines de l'Université Simon Fraser, qui croit que l'hydrogène n'a aucun avenir en tant que carburant de substitution.  

L’industrie a peine à avancer car la production de l'hydrogène se fait à 96% à partir de combustibles fossiles. De plus, au Canada, on obtient de l’hydrogène moléculaire en faisant réagir la vapeur d'eau et le gaz naturel à température et à pression élevées avant d’être transformé en électricité par une pile à combustible. 

Or, selon Jacques Goyette, de l'Institut de recherche sur l'hydrogène de l'UQTR, les réserves de gaz naturel ne seront pas éternelles et ce type de production émet du dioxyde de carbone (CO2)». 

Donc, s’il est évident que les véhicules ne sont pas polluants, la production, elle, l'est fortement. L’Institut de Technologie du Massachussetts va jusqu’à dire que cette raison est suffisante pour annuler les bienfaits de l'auto équipée de piles à combustible. 

Aux problèmes de la production, s’ajoutent aussi ceux du stockage de l'hydrogène, la sécurité liée à son utilisation, la distribution, et les coûts de la technologie. 

Devant tant d’embuches, pourquoi les gouvernements devraient-ils investir autant dans cette technologie? Sylvain Castonguay, du Centre National du Transport avancé, fait remarquer que le lobby de l'hydrogène, c’est en fait celui du pétrole et du gaz. Il est très puissant. 

Ressources naturelles Canada  maintient que cette filière prendra son envol «après 2020». «L'hydrogène et les piles à combustible contribueront un jour à résoudre les défis énergétiques et environnementaux du Canada », estime le ministère.  

Source: La Presse, Digital Journal